Expérimentalisme & polycomplexité / (dé)liaison L-M
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| Julie Blackmon |
Mais avant d'écrire, j'ai relu. A partir du "sens de la (dé)marche", aka le début du confinement, j'ai relu. Avec un sourire de délectation en coin. Délectation au constat de ce processus invisible qui me traverse silencieusement, je veux dire. Pour bien s'en rendre compte, il faut laisser au temps un peu d'espace. Ensuite : lever de rideau ! Que voit-on alors sur la scène ? Le résultat d'un processus d’altération. Il est incroyablement fascinant, ce processus. Je crois qu'il signe l'essence même de l'être vivant, au sens de : "l'être qui est en vie".
Commençons du début.
Il y la réalité, et ses variations. Il y a ce qui est, et les informations que tu en captes, que tu traites et tries. Ce consciencieux processus de classement colorie la réalité des faits. En somme, la recette ressemble à un vaste mélange entre : informations sensorielles, croyances, valeurs, émotions. L'aboutissement, c'est un cocktail. Chacun.e, à notre échelle, nous sommes des producteurices de cocktails. Je veux dire que chacun.e, on altère un peu la réalité. Parfois, ces altérations, on les appelle : "la vérité". Oui, parce que quand on croit très fort à nos altérations, on dit que c'est "vrai". Alors que ce qu'on voudrait dire c'est juste : "voilà comment, au travers des maillages de ma subjectivité, la réalité se laisse voir", ou "voici quel goût a mon cocktail, étant donné que je l'ai construit à partir de mon expérience en tant que x qui a y et z".
Bref.
Tout ça pour dire qu'il ne me semble plus poser tout à fait le même regard sur, pourtant, les tout à fait mêmes faits. Tout ça pour dire que mon cocktail a déjà un petit peu un autre goût. Et tout ça pour dire que je trouve ça absolument réjouissant. Plutôt que de la juger, je me délecte de cette plasticité, je la regarde évoluer. Je me trouve forte. Je trouve que ne pas se conforter dans un prisme d'analyse déjà bien huilé, déjà mille fois mis à l'épreuve, c'est plutôt...courageux. Mais courageux ou pas, ce que j'espère réussir à expliquer ici c'est surtout : cette flexibilité, elle parle profondément de moi. J'ai très envie de toujours augmenter mes recettes, affiner mes filtres d'analyses. Voilà : j'espère tendre vers une lecture polycomplexe de mon expérience-vie et évidemment, poser cette même qualité de regard sur celle d'autrui. Fuir le tout "noir ou blanc", dépasser la facilité. Je suis en quête de croisements, d'imbrications en cascade, d'emboitements de pans de réalités. Du spécifique, du spécial. De la particularisation des parcours. J'ai soif de l'irrésoluble, de l'hybride, du paradoxal, de l'invisible, de l'inclassable. Des comfort zone challenges, du chemin pas déjà tout tracé, du vase qui déborde.
C'est d'une démarche expérimentale dont il s'agit. Comme une envie d'embrasser l'expérience-vie dans toute son amplitude. Ici et là, dans deux contextes différents, je soulignais déjà mon besoin irrépressible de décider par et pour moi-même. Poser des décisions, même politiquement incorrectes, tu vois. Ce qui se dessine, c'est une véritable entreprise de repossession de soi. Alors oui, il se peut que face à ce mouvement du monde qui régulièrement me chuchote : "I got a solution for you" (de ces solutions de facilité), je sois reluctante. Oui, parce que parfois, les prétendues solutions sont en fait de nouveaux carcans. J'aimerais être sûre de bien me faire comprendre : je ne suis pas à la recherche de carcans mais d'une loupe pour mieux observer les nœuds. Les nœuds à plusieurs fils. Même, et surtout, lorsque je suis l'un d'eux. Les nœuds dans toute la densité de leur fabrique. Je n'espère pas de conseils ou d'avis, sauf si je les demande expressément. De la reconnaissance de mon positionnement, du soutien émotionnel, de la nourriture par le partage d'expériences, là, par contre.
Je sais que les lettres peuvent ici paraitre abstraites et déconnectées du terrain de mon expérience-vie, alors que cette connexion est plutôt exactement mon crédo depuis le début de cette expérience-blog. En fait, si j'estime nécessaire d'étaler là tout ce laïus introductif, c'est comme pour assumer, face à mes propres yeux d'abord, puis envers ceux des lecteurices ensuite, que ce retournement sur moi-même s'est produit à l'occasion d'une discussion téléphonique avec lui. Appelons-le Mourad, désormais (depuis le temps que je l'éparpille dans mes textes x / x / x / x / x). On m'avait conseillé de le bloquer jusqu'à l'infini et au-delà, et, discrètement, je n'en ai fait qu'à ma tête. Attention, décision posée maintenant : exit la dichotomie méchant / gentil, je suis définitivement pas câblée pour ça. Et puis quand bien même, idéologiquement, j'en veux pas. Looking for what's beyond. Le tout c'est de réussir à le faire sans culpabilité, sans s'excuser de déranger un monde binaire sur décidément bien plus de points que je ne me l'étais figuré. Sans se désoler de heurter un certain paradigme du féminisme qui plaide pour la séparation, la diabolisation et la carcéralisation. Tout ça, tu vois. "C'est quand même un gros morceau de nos existences-vie, c'est ok d'avoir un peu peur à l'idée de se dresser contre ces murs-là", je chuchote à ma culpabilité. Comme pour lui dire qu'elle a le droit d'exister, que je suis là pour l'écouter. Mais désormais et plus que jamais, en ces lieux, c'est une certitude, elle n'est plus seule.
Tout ça pour dire qu'il ne me semble plus poser tout à fait le même regard sur, pourtant, les tout à fait mêmes faits. Tout ça pour dire que mon cocktail a déjà un petit peu un autre goût. Et tout ça pour dire que je trouve ça absolument réjouissant. Plutôt que de la juger, je me délecte de cette plasticité, je la regarde évoluer. Je me trouve forte. Je trouve que ne pas se conforter dans un prisme d'analyse déjà bien huilé, déjà mille fois mis à l'épreuve, c'est plutôt...courageux. Mais courageux ou pas, ce que j'espère réussir à expliquer ici c'est surtout : cette flexibilité, elle parle profondément de moi. J'ai très envie de toujours augmenter mes recettes, affiner mes filtres d'analyses. Voilà : j'espère tendre vers une lecture polycomplexe de mon expérience-vie et évidemment, poser cette même qualité de regard sur celle d'autrui. Fuir le tout "noir ou blanc", dépasser la facilité. Je suis en quête de croisements, d'imbrications en cascade, d'emboitements de pans de réalités. Du spécifique, du spécial. De la particularisation des parcours. J'ai soif de l'irrésoluble, de l'hybride, du paradoxal, de l'invisible, de l'inclassable. Des comfort zone challenges, du chemin pas déjà tout tracé, du vase qui déborde.
C'est d'une démarche expérimentale dont il s'agit. Comme une envie d'embrasser l'expérience-vie dans toute son amplitude. Ici et là, dans deux contextes différents, je soulignais déjà mon besoin irrépressible de décider par et pour moi-même. Poser des décisions, même politiquement incorrectes, tu vois. Ce qui se dessine, c'est une véritable entreprise de repossession de soi. Alors oui, il se peut que face à ce mouvement du monde qui régulièrement me chuchote : "I got a solution for you" (de ces solutions de facilité), je sois reluctante. Oui, parce que parfois, les prétendues solutions sont en fait de nouveaux carcans. J'aimerais être sûre de bien me faire comprendre : je ne suis pas à la recherche de carcans mais d'une loupe pour mieux observer les nœuds. Les nœuds à plusieurs fils. Même, et surtout, lorsque je suis l'un d'eux. Les nœuds dans toute la densité de leur fabrique. Je n'espère pas de conseils ou d'avis, sauf si je les demande expressément. De la reconnaissance de mon positionnement, du soutien émotionnel, de la nourriture par le partage d'expériences, là, par contre.
Je sais que les lettres peuvent ici paraitre abstraites et déconnectées du terrain de mon expérience-vie, alors que cette connexion est plutôt exactement mon crédo depuis le début de cette expérience-blog. En fait, si j'estime nécessaire d'étaler là tout ce laïus introductif, c'est comme pour assumer, face à mes propres yeux d'abord, puis envers ceux des lecteurices ensuite, que ce retournement sur moi-même s'est produit à l'occasion d'une discussion téléphonique avec lui. Appelons-le Mourad, désormais (depuis le temps que je l'éparpille dans mes textes x / x / x / x / x). On m'avait conseillé de le bloquer jusqu'à l'infini et au-delà, et, discrètement, je n'en ai fait qu'à ma tête. Attention, décision posée maintenant : exit la dichotomie méchant / gentil, je suis définitivement pas câblée pour ça. Et puis quand bien même, idéologiquement, j'en veux pas. Looking for what's beyond. Le tout c'est de réussir à le faire sans culpabilité, sans s'excuser de déranger un monde binaire sur décidément bien plus de points que je ne me l'étais figuré. Sans se désoler de heurter un certain paradigme du féminisme qui plaide pour la séparation, la diabolisation et la carcéralisation. Tout ça, tu vois. "C'est quand même un gros morceau de nos existences-vie, c'est ok d'avoir un peu peur à l'idée de se dresser contre ces murs-là", je chuchote à ma culpabilité. Comme pour lui dire qu'elle a le droit d'exister, que je suis là pour l'écouter. Mais désormais et plus que jamais, en ces lieux, c'est une certitude, elle n'est plus seule.

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