Lettre à la vie
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Ce matin, à mon oreille, on a chuchoté ce mot : crossborder.
Alors j’ai voulu t’écrire ça :
Tu sais, à force de me réveiller, tous les jours, je m’aperçois.
Mon être n’arrive à subsister ni d’un côté, ni de l’autre. Je vois bien qu’il a perpétuellement la bougeotte. J’ai maintenant bien conscience que le choix est un luxe dont il ne sait se contenter. Ça a comme le goût d’une soif incessante de dépassement du cadre. L’attrait pour l’hybride, le non-identifié, le très difficilement identifiable me pousse sans cesse à gratter au-delà des limites préétablies, celles qui nous ont été léguées par les générations précédentes. Là où j’existe le mieux, c’est exactement dans cet espace interstitiel. Celui qui dessine ponts, qui danse fenêtres, celui qui fait trait d’union.
Je ne choisirai pas. Catégoriquement, je refuse. C’est écrit nulle part, sauf maintenant. Ça vient du fonds des tripes, ça vient du terrain de la vie en tant qu’expérience vivante, vécue et éprouvée.
Je suis du côté des victimes comme des auteurs de délits et de crimes. Je suis nulle part, et partout. Puisqu’il y a corrélation de réalités, puisqu’indéniablement il y a interrelation d’humanités. Convaincu.e qu’en nous toustes circule un même fluide : celui de la vie. Intimement persuadé.e que derrière le stock protéiforme de souffrances disponibles et facilement accessibles à l’expérience terrienne, se cache des opportunités d’empuissancement monumentales. Une seule question me traverse : comment transformer la douleur en courant satellite capable de nous transmuter ? Comment faire de la violence, subie ou commise, une opportunité ? Madeau vie, ceci est ma quête, c’est mon modus vivendi.
Après le choc immense, le goût du désespoir, le sentiment de la toute fin, après le chaos, renaît en soi quelque chose qui a la texture de l’immortel. Il y a un morceau d’éternité après chaque processus émotionnel. Cette sensation d’avoir touché le fond, d’expérimenter ce que d’aucuns sont prompts à appeler « les portes de l’enfer », ce sentiment de revenir des entrailles de la terre, tu sais ? Madeau vie, toi. Toi, tu sais. Tu me l’as montré : derrière chaque souffrance se cache une potentialité de reprise de force insoupçonnée et sous chaque tentative d’emprise sur autrui, se cristallise une détresse que sans doute peu d’oreilles sont prêtes à écouter. Tu me l’as appris : il se trouve de la force là où on ne la cherche plus, et, défiant bien des certitudes, il apparaît de la vulnérabilité aux endroits mêmes ou l'on a le plus de difficulté à l’imaginer. Sans cesse dans l’expérience humaine les contradictions se complémentent, l’une se révélant être la pièce manquante du vaste puzzle de l’autre. Ici-bas, il n’y d’autres choses que des nuances, des variations en cascades. Madeau vie, kaléidoscope de nuances de gris, et plus encore. Je ne sais pas grand-chose, mais je sens beaucoup. J’intuitive que c’est dans l’espace de l’entre-deux que tout se joue. Le monde, construit sur des catégories antagonistes, coincé dans un inlassable jeu de ping-pong, ne sait plus se renouveler. C’est sans doute ailleurs qu’il faut chercher : à l’endroit des limites de nos catégorisations, celles-là même que nous avons construites pour être hermétiques.
Après le choc immense, le goût du désespoir, le sentiment de la toute fin, après le chaos, renaît en soi quelque chose qui a la texture de l’immortel. Il y a un morceau d’éternité après chaque processus émotionnel. Cette sensation d’avoir touché le fond, d’expérimenter ce que d’aucuns sont prompts à appeler « les portes de l’enfer », ce sentiment de revenir des entrailles de la terre, tu sais ? Madeau vie, toi. Toi, tu sais. Tu me l’as montré : derrière chaque souffrance se cache une potentialité de reprise de force insoupçonnée et sous chaque tentative d’emprise sur autrui, se cristallise une détresse que sans doute peu d’oreilles sont prêtes à écouter. Tu me l’as appris : il se trouve de la force là où on ne la cherche plus, et, défiant bien des certitudes, il apparaît de la vulnérabilité aux endroits mêmes ou l'on a le plus de difficulté à l’imaginer. Sans cesse dans l’expérience humaine les contradictions se complémentent, l’une se révélant être la pièce manquante du vaste puzzle de l’autre. Ici-bas, il n’y d’autres choses que des nuances, des variations en cascades. Madeau vie, kaléidoscope de nuances de gris, et plus encore. Je ne sais pas grand-chose, mais je sens beaucoup. J’intuitive que c’est dans l’espace de l’entre-deux que tout se joue. Le monde, construit sur des catégories antagonistes, coincé dans un inlassable jeu de ping-pong, ne sait plus se renouveler. C’est sans doute ailleurs qu’il faut chercher : à l’endroit des limites de nos catégorisations, celles-là même que nous avons construites pour être hermétiques.
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