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Affichage des articles du mars, 2020

Statut de victime : (un)completed / le groupe de parole

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Lune Reconstitution digitale non officielle et improvisée du groupe de parole. Une conversation à huit. C'est quoi, une victime ? A en écouter d'autres, je me mets à douter, parfois. Je me dis que quand même, mon quotidien devrait être plus impacté que ça. Que quand même, je devrais être plus énervée que ça. Je vois que leur agresseur, elles ont tendance à le diaboliser, à le ranger dans la case du " foutu, on peut plus rien en tirer ". Je constate que cette rage, souvent, c'est ce qui leur donne l'élan de porter plainte. Je comprends alors mieux pourquoi je ne l'ai pas fait et ne l'envisage toujours pas. Ou "pas encore", pourrait-on me rétorquer sur ce ton dont tantôt je salue la bienveillante intention, tantôt je déplore la tentative plus ou moins secrète d'orientation de mon agentivité. Moi aussi, je me suis déjà retrouvée sur le fil : ballotée entre l'envie de protéger à tout prix une femme des affres de sa relati...

Déplacement de la lutte : de l'inter à l'intra / (dé)liaison L-M

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Lune Le confinement me ramène en des lieux desquels il est difficile de m'enfuir.  Je ne parle évidemment pas de mes quatre murs. J'observe. J'ai toujours été friande de réflexivité, mais là, parce qu'il fait bon de s'appuyer sur pause, j'observe encore plus. Ou peut-être que je me cache moins, lasse de fuir l'implacable observateurice omniscient.e qui siège en moi. Dissection de mon métabolisme somatopsychique : je regarde comment les stimuli corporels sont associés à des pensées et comment les pensées peuvent mettre en mouvement le corps. Et devine quoi ? Il est souvent dans l'équation. Quelque part entre la sensation et la forme-pensée. Jamais très loin. Une gestuelle, un mot peut le réveiller. Un parfum. Si je m'écoutais, là tout de suite, je ferais l'éloge de son odeur. Le sel de sa...le souffle de...ses...Et puis ses...ses mains. Je ferais l'éloge de ses mains. Ces somato-morceaux de lui avec lesquels à la fois il fr...

Du sucre et de l'acier : approfondissement des rapports / (dé)liaison L-M

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Richard Sierra Quarantaine et introspection : going further. Ce que j'aimais avec toi, c'est que je pouvais avoir l'impression de dépasser mon assignation de naissance. Tu osais manipuler et toucher mon corps comme peu l'on déjà fait. T'avais pas peur de me faire mal. Et quand tu le faisais, c'était pas si grave. Je crois que ça a été assez révolutionnaire pour moi, d'entendre ton fameux " T'es pas en sucre ". J'avais plutôt l'habitude d'en entendre d'autres, des " Attention, tu vas te faire mal ", ou " Lune on a l'impression qu'on va la casser si on la touche ". Toi, visiblement non, t'avais pas peur. Je dirais même qu'au contraire, t'adorais ça, venir troubler mon attitude trop bien léchée de "f" trop sérieuse, qui se tient droite et croise sagement les jambes. Ouais, t'aimais bien venir tout déranger. Plus encore que ta façon d'appréhender ma corp...

Le sens de la (dé)marche / (dé)liaison L-M

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Lune Temps de virus. Le rythme du monde ralentit ostensiblement. Alors, l’introspection est propice. " Pourquoi tu fais ça ? " Me demande une de mes voix intérieures...Sûrement la féministe. Est-ce que c'est aux femmes de s'investir dans ce travail ? Est-ce que c'est encore à elles de mettre la main à la pâte, les pieds dans la boue, de risquer de rouvrir leurs plaies en écoutant les hommes, au mieux parler, au pire, dégobiller des mots dégoûtants ? Je comprends les prises de positions radicalement séparatistes. De la non-mixité au lesbianisme politique. Je les comprends tellement. Si je peux me plaire dans ces espaces-concepts, je n'éprouve pas le besoin de m'y cantonner. Pas pour le moment. L'appel de l'altérité. Celui de la confrontation, aussi. Un peu comme une envie de me battre qui ne dit pas son nom. Il y a une fascination dans mon regard observateur, une fascination éprise de questions : comment c'est possible ? Cette facil...

Les secrets du jardin / les clients

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Lune Cinquième rencontre avec G. Jeudi 5 mars 2020 G est sans doute l'un des plus fervents parmi mes admirateurs. Rencontres furtives en pleine journée de travail, toujours à la pause de midi, dans sa voiture. Nos entrevues font partie de son petit " jardin secret ", m'explique t-il. Ce sont des propos que je connais bien, mais qui ne cessent pourtant de m'étonner. Trentenaire, vie rangée : couple monogame, famille nucléaire de deux enfants, récent achat d'une maison en cours de rénovation. N'a pas fait de longues études, mais est bien inséré professionnellement. Son job stable, il le prend très à cœur : " Le travail, c'est le travail ". La tête sur les épaules, sa famille passera toujours avant ses " petites folies ". Il m'indique faire très attention à la bonne gestion de l'économie du foyer. Mais de ces choses-là, quand même, il en a besoin. Avec sa compagne, il a bien essayé, m'explique t-il, ...

Tendre la perche / le groupe de parole

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Francesca Stefanescu Troisième fois. Groupe de parole "violences sexuelles". Mardi 10 mars 2020 Ne pas faire de son expérience personnelle une généralité. C'est ce que m'a appris ma présence là-bas. Là-bas, j'y écoute des femmes en profonde souffrance. Surtout cette fois-là. Tout particulièrement cette fois-là. Flash back envahissants, insomnies, hôpital psychiatrique, suivi médicamenteux, tentatives de suicide. De tout cela, je n'ai jamais rien connu. Cette interrogation est apparue nettement dès la première séance, mais plus encore aujourd'hui : comment expliquer ça ? Comment expliquer cette différence dans les trajectoires souffrantes ? Le sentiment qui me traverse, c'est l'illégitimité d'être là. Je me souviens, la première fois. Ce que j'avais envie d'exprimer, c'était l'alchimisation en train d'avoir cours en moi, cette opération de transformation d'une détresse vécue en tremplin. Je me souviens ne m...

De l'objet journal à l'ethnographie / auto-ethno-bio

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Lune Depuis plusieurs années, Lune tient un carnet papier qu'elle annote de manière journalière. Depuis plus longtemps que ça, elle écrit régulièrement et plus longuement dans ce qu'elle appelle son journal digital . Plus en amont encore ? Un foisonnement d'articles de blogs , lieux d'épanchements par excellence des adolescents de la génération 90. L'héritage de cet habitus autobiographique et réflexif est certainement à chercher dans le souvenir d'un journal intime au cadenas quasi factice, soigneusement conservé dans une table de chevet et puis finalement découpé en morceaux des années plus tard. Intériorité, auto-observation, attention portée sur mes propres états émotionnels...Des attitudes en conformité avec une assignation de naissance au genre "femme". Si l'objet journal a contribué à me fabriquer en tant que telle, nul doute que cette tendance au recueil de données a aussi fait autre chose. L'objet...