Une famille parmi "les familles". Réflexions sur le sentiment d'appartenance et le cumul des statuts / institution p
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| Oliver Takac |
Vendredi 13 août 2021 - 13:53
C’est mon 21ème parloir. Victor est en vacances. C’est pour ça qu’il n’a pas pu, comme à son habitude, me véhiculer jusqu’aux portes de la prison. J’ai trouvé à m’y rendre par le biais de Mourad, qui, ayant un rendez-vous à 9h30 a dû m’y déposer plus tôt. De toute évidence, il est arrivé en retard à son appointment, quant à moi, j’étais déjà, à 9h25, sur le parking de la MAS*. (J’y débarque habituellement pour 10h).
Ce matin-là, ça avait un goût différent.
Je m’avance jusqu’au préfabriqué dans lequel « l’accueil des familles »* s’est déporté (à cause des travaux). Je vois que Béatrice y effectue sa demi-journée de permanence hebdomadaire. Lorsqu’elle me salue, elle est déjà en train de converser avec une femme. Toutes deux sont assises autour de la table, petit îlot central qui flotte dans la salle entre deux automates dédiés à la prise de rendez-vous parloirs, une rangée de casiers, le bureau des bénévoles, l’armoire qu’a investie l’association, le coin des enfants et les deux machines distributrices de nourriture et de boissons.
Béatrice me reconnait, on s’est rencontrées la semaine dernière au même endroit, elle sait que je suis bénévole au sein de la même association qu’elle, mais auprès d’une autre structure. Je m’assois sur la chaise restée libre. Je comprends que la femme assise en face de moi est albanaise, elle parle un français maladroit mais bien suffisant pour nous faire comprendre, à Béatrice et à moi, qu’elle est mère de trois enfants : 22, 18 et 15 ans. Elle dessine les chiffres avec ses doigts sur la table en même temps qu’elle les prononce, comme pour nous permette d’effectuer un double contrôle de la justesse de son français. Arrivée en France il y a de cela trois ans, célibataire depuis beaucoup plus (10 ans), elle est installée ici avec ses enfants. C’est celui qui vient tout juste d’accéder à la majorité qui se retrouve là, derrière les murs, nous glisse-t-elle avec des yeux tristes et quelque chose qui ressemble, je crois, à une pointe de honte.
C’est là que dans mon esprit, pop la réflexion suivante : « Je crois que je vais arriver plus tôt plus souvent ». Habituellement, lorsque c’est Victor qui me dépose ici, j’arrive tout juste « 45 minutes en avance », comme demandé dans les consignes de l’administration, et jusqu’à « l’appel des familles »*, je discute avec lui sur le parvis. Il s’écoule environ 15 à 20 minutes jusqu’à que je sois appelée à pénétrer dans la bâtisse. Concentrée sur nos échanges, il me semble que je laissais jusqu’alors peu d’espace à la rencontre avec d’autres, même si ces moments sont déjà arrivés, n’est-ce pas ?
Oui, dit ma mémoire qui convoque un à un les souvenirs d’interactions avec d’autres « comme moi », femmes et hommes venant visiter un proche détenu. 1 - Il y a eu cette femme d’origine maghrébine et venue tout droit de Marseille où elle réside, qui, au bord des larmes, nous explique que les agents ne veulent pas la laisser entrer, même pas « juste pour le voir, 5 minutes ». Madame n’a même pas encore demandé son permis de visite, elle ne connait absolument pas les protocoles de l’administration p, parce que « C’est la première fois » (qu’elle se retrouve devant les portes d’une prison). Ce jour-là, je me sens profondément connectée à son désespoir. Je me souviens bien avoir eu envie de la prendre dans mes bras. « Tu n’es pas seule. Moi aussi, je sais », avais-je envie de lui dire, sans le dire avec la voix, parce que les mots ne suffisaient carrément pas. « Je sais », les premières confrontations avec les murs sont d’une violence immense, « si seulement je pouvais te dire »…comment je le sens, moi aussi, dans ma chair, combien à tout jamais, mon être restera marqué par les premiers micro-chocs en cascades provoqués par le contact avec l’énergie toxique de ce lieu, ses codes et ceux qui les pourvoient. Accompagnée de son frère, elle tâche de ravaler sa colère, en silence, pendant qu’il lui explique calmement la marche à suivre, après avoir pris les informations nécessaires, sur notre conseil, auprès de l’accueil pénitentiaire. Son frère : « Il faudra appeler le SPIP* pour connaitre son numéro d’écrou », elle : « C’est quel numéro pour appeler ? », lui : « Je te montrerai, on regarde après », moi : « Je peux vous montrer madame, si vous voulez ? », son frère : « Oui, montrez-lui, comme ça elle sera rassurée ». 2 - Et puis, je me souviens, il y a eu quelques échanges, dans cette même loge préfabriquée, avec une femme Noire nous relatant - à moi et Victor-, la situation critique de son fils, cumulant enfermement et situation de handicap physique. 3 - Et il y a eu cette jeune femme, la vaigntaine, descendue de Paris, m’expliquant qu’elle vient ici visiter son amour d’enfance. Elle était sur le point de se marier quand elle a décidé de tout laisser tomber. A ce moment-là, la personne dont elle était toujours amoureuse était déjà sous écrou. C’est au parloir qu’ils se sont revus pour la première fois depuis des années. Elle aussi m’a expliqué ses premiers déboires auprès de l’administration qui, lors de sa précédente prise de rendez-vous parloir (par téléphone), s’était trompée sur le nom. « C’est le nom de sa tante qu’ils ont mis ». Evidemment, les agents lui ont refusé l’entrée, ses papiers d’identité ne correspondant pas avec le nom sous lequel le rendez-vous avait été enregistré. Avec un air déterminé, elle m’explique avoir demandé à parler à un responsable, s’être fait débouter de sa demande, puis avoir elle-même téléphoné, devant la prison, au service parloir. Par chance, la femme au bout du fil était « super sympa » si bien qu’elle a pu opérer la manipulation nécessaire au changement de nom. Ce jour-là, elle a donc pu entrer, m’assure-t-elle, dégageant une énergie puissante de persévérance et de fierté, quand elle me raconte ça. Je crois que c’est ça, le goût des si rares victoires contre les souris pénitentiaires.
« Vous êtes bénévole ? » me demande la femme en face de laquelle je me trouve assise – la maman albanaise, donc -. Je n’ai pas le badge que porte Béatrice, mais je n’ai pas non plus de cabas à la main…A défaut de signes ostentatoires d’appartenance à l’une ou l’autre équipe (des proches de détenus ou des bénévoles de « l'accueil famille »), elle cherche à connaître mon statut. C’est sans doute mes signaux de connivence avec Béatrice qui l’ont mise sur cette fausse piste. « Non, je ne suis pas bénévole. Peut-être plus tard, mais pour le moment l’administration n’aime pas trop le cumul des statuts. Je vais voir quelqu’un au parloir ». C’est là que Béatrice lui / nous explique que « c’est trop dur, quand tu vas voir quelqu’un à la prison et qu’en plus tu es bénévole ici, c’est trop dur, c’est pour ça qu’on le fait pas ». J’ai envie de réagir, je sens bien l’impulsion intérieure, l’élan à dire. Je le tais. Il y a de ces situations dans lesquelles j’opère un précieux calcul coûts / bénéfices : à quoi bon user de mon énergie et me dévoiler davantage ? Je peste un peu intérieurement, ça ressemble à un truc comme : « ll y a des bases en termes de communication et d’approche de l’autre que des bénévoles chargés d’un lieu d'accueil devraient connaitre. Calquer une vérité générale sur des expériences toutes particulières, ça me fait violence…En plus, pour avoir parlé avec la responsable du pôle prison de l’association, je sais bien quelle est la vraie raison derrière cette règle empêchant de cumuler le statut de « proche de détenu » et de « bénévole à l'accueil des familles » : « On a de bonnes relations avec l’AP* et eux ils aiment pas trop, même si ils l’interdisent pas ici à l'accueil des familles, c’est nous qui mettons le veto » m’avait expliqué Alice. Comme tant d’autres microviolences communicationnelles, je passe outre, et en même temps, je m’en veux de me rendre simple témoin d’une tentative de réification du réel.
Par la suite, cette femme qui vient visiter son fils me glissera d’autres questions : qui est-il par rapport à moi, celui que je vais voir : « ami ? », je dis : « oui, un ami, un ami proche ». Je ne me sens pas, sous le regard de Béatrice -que je pressens chargé de préjugés- d’utiliser des mots plus proches de la réalité. Après tout, oui, on pourrait dire que c’est un ami, ça me semble correspondre à une partie du réel. « mariée ? », non, non, pas mariée. Et Béatrice, « des enfants ? » Béatrice raconte que oui. Deux fils, « mais des grands » (la quarantaine). L’un déjà marié, l’autre sur le point de le devenir : « Il aura mis du temps, mais finalement... ! Moi je pense qu’il était pas encore assez mature ». Ça clignote dans ma tête, je fais une deuxième fois fi de mes propensions à m’exprimer, même si j’ai envie de rétorquer : « Ah oui, le mariage est un signe de maturité, tu penses ? Parce que le mariage est un aboutissement par défaut ? ». C'est à la banalité de langage suivante que je réagis. Lorsque la maman qui vient visiter son fils nous explique, - davantage avec son regard et sa posture corporelle que par ses mots - que "c'est difficile" de venir voir son enfant ici, Béatrice répond quelque chose comme : "Oui, c'est difficile hein ? Faut dire que les enfants en ce moment, les adolescents sont intenables...Et puis quand une fois ils ont connu la prison, c'est très difficile après pour eux de reprendre une formation, de s'en sortir...". C'est là que je raconte quelque chose qui ressemble à : "C'est d'autant plus difficile que le système judiciaire français cible toujours les plus vulnérables. Combien ici sont d'origines étrangères et/ou issus de milieux précaires ? Je trouve ça dingue, moi, qu'en 2021..." (mon blabla-réactionnel habituel, quand je suis agacée et que j'arrive pas à me mettre dans une posture empathique face à la personne qui porte un discours qui me fait violence). Quand les responsabilités individuelles - celles des personnes criminalisées ou de leurs proches - sont à ce point fragilisées, j'ai besoin d'en appeler à notre responsabilité collective. Dans ma tête, ça dit quelque chose comme : "ça suffit plus, ce discours individualiste, il s'épuise de lui-même autant que sont épuisées les personnes sur qui on le fait reposer". Bref. Une nouvelle fois affligée par des assertions que j’interprète comme un manque tout à la fois d'ouverture d'esprit et d'esprit critique, je me demande : à quand un collectif progressiste, tourné vers le changement au sens large d’une modification de nos cadres mentaux, à quand un groupe militant qui ne se cache pas tout à la fois de se ranger au sein du mouvement de l’abolitionnisme pénal et d’être profondément porté par l’envie d’entrer en lien (et donc animé de l’élan de faire avec ce qui est, pour le comprendre et accompagner son mouvement vers un autrement ?) Je crois que c’est là que je décroche de la conversation. Ou bien était-ce au moment où Béatrice me raconte que depuis le Covid, elle a appris à s'occuper (elle passe beaucoup de temps dans son jardin) si bien qu'elle ne voit plus aujourd'hui la même nécessité de s'investir dans le bénévolat. Décidément, Béatrice, ce jour-là, elle allume plein de voyants chez moi. Un bénévolat occupationnel, ok, mais pas ici, pas en milieu carcéral, si ? Le gap séparant nos intérêts à agir dans l'espace pénal est vaste. Il fait miroir à des dissensions que j'ai avec d'autres bénévoles, ailleurs. Si j'aspire à appréhender avec plus de douceur leur réalité, ces micro-confrontations m'incitent à planter dans mon esprit la graine d'un autrement possible associatif.
Il est près de 10h. Madame dont je ne connais pas le nom se dirige vers l'accueil pour donner sa carte d’identité et la « charte de bonne conduite pour le déroulement des parloirs »* signée (les deux documents que les agents nous demandent afin d’autoriser l’accès aux parloirs). Je la suis. Si le doute était permis, il ne l’est désormais plus : de la même façon qu’elle s’adresse à l'accueil, j’ai moi aussi à me présenter en face de cette vitre plus-que-teintée, à faire passer mes deux documents dans le tiroir qui s’ouvre silencieusement devant moi, et à m’entendre dire le numéro de cabine dans laquelle mon parloir aura lieu. Ensuite, de la même manière, je retourne dans le préfabriqué, me choisis un casier, glisse une pièce de 2€ dans le système de fermeture et enferme mes affaires pour ne repartir qu’avec une clé. Plus de téléphone portable, de trousseau de la maison, plus de sac, juste cette clé de casier (le numéro 30, aujourd’hui). La combinaison que je porte ce jour ne recèle aucune poche dans laquelle je puisse glisser l’objet symbolique, et ça me va. D’abord debout, les bras croisés sur le parvis, j’ose m’assoir sur le plot, juste à côté de cette femme avec laquelle j’ai pu échanger quelques mots. Elle est présentement assise sur un petit tabouret jaune qu’elle a emprunté au « coin enfant » de l’accueil des familles. L’alliance tout à la fois de notre proximité physique silencieuse et du scintillement de cette clé que j’observe sous toutes ses coutures entre mes mains, que je fais glisser entre mes doigts, cette clé que je n’ai pas peur de dévoiler à la face du monde, l’alliance tout à la fois de cet « être à côté » et de la possession ostentatoire de l’objet-symbole me plonge au plus près de là où je souhaite exactement être : avec elles. Comme toujours, ce sont majoritairement des "f" qui attendent, souvent un cabas ou un enfant à la main. Parfois aussi, juste avec cette clé. J’avais comme besoin de prolonger la proximité qui s’était créée autour de cette table. Étrangères l’une de l’autre et pourtant liées par les circonstances-vies, il me semble que nous sommes, l’espace-temps de quelques minutes, une famille parmi les familles. Je veux dire que cette fois-ci tout particulièrement, j’ai le sentiment de vivre, avec une autre densité, la même famille d’expérience que ces autres femmes qui sont là.
C’est vrai, la présence de Victor a été sécurisante au début. Elle a rendu plus que confortable mon expérience du parloir en ce qu’elle a permis que je n’aie ni à m’occuper de me rendre sur place (la voiture avec chauffeur s’occupe de tout, évidemment, et on a même pas besoin de penser à se garer !), ni à m’encombrer de la micro-charge de cette fameuse clé (mes affaires étant gardées par Victor jusqu’à son retour, à la fin du parloir, nul besoin, donc, d’utiliser les casiers). Sa présence a été d’autant plus sécurisante qu’elle m’a permis d’avoir « quelqu’un à qui parler » durant le laps de temps qui précède « l’appel des familles ». En agissant ainsi, j’ai ramené un peu de mon chez-moi-cocon ici, devant la prison, c’est-à-dire en des espaces qui la plupart du temps sont investis et vécus d’une manière bien moins protégée. Une partie de moi, implicitement, ne voulait-elle pas renvoyer le message : « Pour moi, c’est pas tout à fait la même chose que pour vous », « Rien ne me prédestinait à me retrouver à patienter ici, ça se voit, non » ? Aujourd’hui pourtant, la question de cette femme m’a presque dérangé : « Vous êtes bénévole ? » J’avais envie de lui dire : « Non, absolument pas, moi, je suis comme vous ».
J’ai de la gratitude pour les ouvrages de Gwenola Ricordeau en ce qu’ils m’accompagnent, je le sens, vers le chemin de l’auto-permission au double et même au triple statut. Ni d’un côté, ni de l’autre, je l’ai déjà dit ailleurs : je ne choisirai pas. A la fois bénévole, chercheuse en milieu carcéral, proche de détenu, et plus encore**. Les étiquettes sont de l’ordre du discours, mais elles emportent aussi avec elles des cadres de références différents qui perpétuellement s’interpénètrent et se complémentent. Ce n’est pas à une mécanique bien huilée de transition de l’un à l’autre à laquelle j’aspire. Loin de moi l’idée d’un jeu de masques dont il faudrait à un moment se parer et à un autre instant se départir. C’est plutôt vers un état intégré, une voix aux tessitures polyphoniques, une vision polycomplexe de la réalité qui s'offre à vivre que mon être s’achemine. C’est bien la combinaison de toutes ces façons d’investir l’existence-vie qui font de moi qui je suis. Je suis profondément attachée à la démultiplication des points de vus incarnés dans l'expérience, surtout ceux qui paraissent les plus politiquement incorrects, surtout ceux que le conscient collectif code comme incompatibles. Je crois que « l’incompatible » n’existe pas dans l’absolu de l’existence.
« Y être entrée, tour à tour comme bénévole, proche de détenu et chercheuse, est peu banal. En prison, on étiquette vite et définitivement les individus, et personne n’aime le mélange des genres…En prison, je faisais partie de celles qui sont passées de l’autre côté, un passage considéré comme indigne. A l’université, je dissimulais ma vie suspendue aux parloirs, et le sentiment d’indignité de mon expérience me poursuivait. J’ai longtemps eu envie d’écrire sans savoir comment le faire. Ma familiarité avec mon terrain me faisait constamment craindre de prendre en traître « les autres ». Pourtant, simultanément, j’enquêtais à mon corps défendant. Cette posture particulière est parfois un fardeau, lorsque la prison fait incessamment écho à sa propre histoire et se refuse à n’être qu’un objet savant…». (Ricordeau, 2008, Les détenus et leurs proches, introduction, p.15).
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* MAS : Maison d’Arrêt de Strasbourg
* “L’accueil des familles” correspond à une présence associative devant les portes de la prison. Concrètement, à la MAS, cette présence a lieu dans un local en préfabriqué que j’évoque dans le texte. Avant, cet accueil associatif s’effectuait dans des locaux intégrés à la bâtisse carcérale, mais des travaux de réfection de toute la devanture de la prison sont actuellement en cours, d’où la déportation actuelle de ce lieu dans un espace temporaire. Les jours de parloirs, des bénévoles sont sur place pour discuter, soutenir, répondre à des questions et faciliter le lien entre l’administration et les proches de personnes détenues. Cette présence bénévole, stoppée pour des raisons de risques sanitaires liées au Covid, a repris depuis le mois d’août.
* : “L’appel des familles” c’est ce moment où soudain, les agents pénitentiaires se mettent à héler les noms des personnes détenues que les proches sont venus voir. Depuis deux semaines, la MAS dispose d’un système sonore. Ces noms, au lieu d’être criés par les agents, sortent désormais d’un haut-parleur fixé sur la devanture du bâtiment. Il faut imaginer les proches de détenus patienter sur le parvis et, dès lors que résonne le nom de la personne incarcérée qu’elles viennent voir, elles sont invitées à passer cette fameuse porte qui s'ouvre sur les portiques de contrôles, étape primordiale pour accéder à la suite du chemin balisé menant aux parloirs. L’une après l’autre, chaque “famille” se retire ainsi de l’espace extérieur pour pénétrer dans la bâtisse.
* SPIP : Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation, au sein duquel œuvrent des CPIP (Conseillers Pénitentiaires d’Insertion et de Probation). Chaque détenu est suivi par un CPIP qui s’occupe, notamment, de faire lien entre le dedans et le dehors.
* AP : Administration Pénitentiaire
* Pour les personnes curieuses, la "Charte de bonne conduite pour le déroulement des parloirs" c'est ce document-là.
** Parmi mes autres “labels”, ceux-là : militante féministe queer et abolitionniste pénale, ex victime de violences conjugales, travailleuse du sexe et domina, sont autant d’étiquettes qui colleraient sur ma peau. Évidemment, par-delà leur surface aux allures uniformes, je m’attache à donner à chacune une texture toute personnelle.

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RépondreSupprimerEncore une très belle description, un style d'écriture merveilleux qui donne envie de lire d'un trait ce témoignage !