Le parloir, acte deuxième / institution p
22 :24
« Accepter la prison », « Améliorer son rapport à l’état », « Encaisser les violences institutionnelles ». Voilà autant de programmes de méditation que cyniquement j’imagine mais qui n’existent pas sur Petit Bambou. Je vous jure que j’aurais cliqué pour voir.
Je suis agitée ce soir.
Je peux pas m’empêcher de penser à ces agents en bleus et noir, là. Je peux pas m’empêcher d’imaginer à quoi ressemble leur vie. Qu’est-ce que ça fait de rentrer chez soi après avoir été témoin ou acteur principal de scènes de désarroi total, de micro-drames ? De drames tout court. Comment on fait pour-, franchement, comment on fait pour refuser l’entrée au parloir à une personne qui arrive…entre 5 et 10 minutes trop tard, enfin trop tard, tout est relatif. L’appel des familles avait déjà commencé, c’était pas terminé. Mais ça avait commencé, et du coup c’était trop tard, elle pouvait plus se rajouter à la liste. Comment on fait pour dire « non » à cette personne qui te raconte qu’elle était coincée dans les bouchons inhabituels du jour de la réouverture des commerces, que ça fait 3 semaines qu’elle a pas vu la personne qu’elle vient voir. Tu vois bien qu’elle est complètement désespérée. Comment tu fais pour laisser quelqu’un pleurer devant ton institution là, devant l’institution de laquelle t’es l’émanation ? Ça te fait quoi en fait ? Comment on fait pour s’endurcir à ce point-là ? Pour dire « non », fermer la porte, constater la détresse, ne rien faire. Cautionner. Avaliser. Est-ce qu’il y a des formations pour s’endurcir comme ça, apprendre à dire « non », regarder le désœuvrement droit dans les yeux, et puis se retourner et fermer la porte ? Est-ce qu’on nous apprend ça chez vous-, est-ce que les agents pénitentiaires apprennent ? Il y a bien des humains derrière l’uniforme. Comment on fait en tant qu’être humain, comment on devient ça ? Parfois, juste pour cette raison-là, j’ai presque envie de postuler. J’ai envie de voir ce que ça fait, comment c’est possible d’en arriver là. Je vous jure j’ai envie de savoir. Moi j’ai vu cette femme complètement paniquée à l’idée d’être arrivée quelques minutes en retard, et qui s’énervait vite, c’est vrai. Et il faut surtout pas s’énerver devant un détenteur de l’autorité. C’est terrible que d’avoir perpétuellement à se montrer en contrôle alors qu’on se prends des claques monumentales. Mais c’est ça, c’est exactement ça la violence de nos institutions. Une espèce de violence à la Norbert Elias, une sorte de violence civilisationnelle à laquelle tu n’as d’autres choix que de te plier. Une violence qui t’apprend qu’il y a des manières de s’adresser aux émanations du système, il y a des bonnes et des mauvaises façons de se comporter face à elleux, et si tu rentres pas dans les clous, t’es perdant.e d’avance. Comment on apprend ça putain ? Ça me fascine. J’en rêve pas, je veux dire : c’est un contre-modèle total pour moi mais ça reste fascinant parce que c’est tellement loin de ma propre matrice interactionnelle. C’est peut-être une espèce de déformation professionnelle du sociologue en herbe à l’intérieur de moi, ça. Cet attrait pour la compréhension de ce qui se vit, en mode : comment ça se fait que ça se vit ? Quelles sont les conditions réunies pour que ça se produise ? Ça vient d’où ? Cette dureté, là, on l’apprend comment ?
J'évoque ici une scène qui ne m'a pas concernée directement, et pourtant, je crois qu'à l'intérieur, quelque chose m'a intimé : "C'est pour dans pas longtemps". Effectivement, je parle d’une scène que j’ai même pas vu jusqu’à la fin parce que moi, j’ai pu rentrer. Moi je l’ai pas vu pleurer, assise au sol, cette dame. On me l’a raconté. Parce que Victor était là, lui, pour le voir, il me l’a raconté. Moi, nan, je l’ai pas vu. Parce que moi je suis rentrée. Ce jour-là, c'est derrière moi qu'elle s'est refermée, leur porte
métallique. Complètement bouleversée par la scène dont j'ai été témoin, je passe le seuil. J'ai rien dit. Je suis passée juste devant elle lorsqu'on m'a appelée, et j'ai rien dit. J'ai même laissé la main ragaillardie d'un surveillant se
poser sur mon poignet désorienté pour rapprocher ma main du gel
hydroalcoolique. J'ai rien fait. Intériorisation de l'impuissance in process.
Je pense que je suis restée quelque chose comme 10 minutes dans le parloir en question, mais ouais, j’y suis rentrée. Ensuite, 2 t-shirts, un boxer et une lettre plus tard, c’était terminé. Suspension du parloir pendant 15 jours, confinement sanitaire pendant 1 semaine. « Vous savez que c’est interdit, madame ? ». Vous êtes conscients qu'au-delà des règles, les êtres humains continuent d'exister, monsieur en bleu et noir ? Pouvez-vous vous imaginer que l'expérience carcérale soit envisagée sous l'angle d'une perpétuelle recherche de nos marges de manœuvre au sein d'un quadrillage de contraintes ?
Effectivement, l'espace de quelques secondes, j'ai été ravie de me retrouver avec quelques morceaux de tissus vivants entre les mains, et de les porter à mon nez. Tout comme la lettre qu'il a visiblement préféré me remettre en mains propres, en bypass total du vaguemestre (ce personnage-dispositif en charge du contrôle des courriers), il me les a lancés par-dessus. Au-dessus du plexiglas qui ne scinde qu’incomplètement la micro-pièce. Sauf que le plexiglas n’est pas le seul à ne pas « aller jusqu’en haut », les murs eux-mêmes ne rencontrent pas le plafond. C’est certainement en cet espace que les souris ont vu des habits voler. Les faits se sont passés comme suit : je le vois enlever un premier, puis un deuxième et un troisième t-shirt, de sorte qu’il se retrouve torse nu l’espace d’un instant. Il ne me dit rien, simplement, il se déshabille. Je ne comprends réellement ce qu’il a derrière la tête que lorsqu’il me lance les deux couches de tissus qui étaient alors les plus proches de sa peau et qu’il revêt à nouveau l’une d’elle, histoire d’avoir quelque chose à se mettre sur le dos. A ma grande surprise, il enlève ensuite son jean, puis son boxer. Il remet son jean. Quelque part avant ou après ça, il m'envoie aussi sa lettre manuscrite. J’ai l’impression que tout s’est enchainé très vite, si vite que mon effet de surprise ne m’a permis de réagir à pas grand-chose. D'autant que je ne suis même pas sûre que sur le moment, j'avais complètement catégorisé la situation que nous vivions comme un potentiel risque sanitaire. Tout ce que je sais, c’est que quelques secondes plus tard, j’avais entre les mains 2 t-shirts, un boxer et une lettre (dont bizarrement ils ont ensuite peu fait état). J’ai renvoyé l'un de ses t-shirts après l’avoir porté à mon nez, un geste qui sommes toute a été fatal. Risque de contamination par l'olfaction du tissu, me fera comprendre un surveillant. Ils sont deux à me parler du respect des gestes barrières dans le local précédent l'espace parloir dans lequel je suis ramenée juste après l'incident. Une partie de moi me raconte que j'y suis indirectement pour quelque chose. Quelque jours plus tôt, je lui faisais part de ma déception à la réception de son premier cabas de vêtements sales, dans lequel j'espérais pouvoir retrouver un peu de lui par l'odorat. En vain, les tissus étaient complètement imprégnés d'une odeur rance : "Ils sentent tous le placard, tes vêtements", je lui lançai au téléphone.
C'est vrai que cette histoire de cabas de vêtements est plutôt accablante pour les adorateurs d'odeurs corporelles que nous sommes. Lui aussi, il a été déçu : il manquait trois culottes dans le dernier sac de vêtements propres que je lui ai rapporté, au parloir dernier. Ces mêmes trois culottes que lors de notre deuxième -brève- rencontre, je récupère dans un sachet, un sourire au coin des lèvres du surveillant qui me le remet. Les "vêtements féminins" sont interdits, j'apprends. "Parce que c'est une prison pour homme", "vous savez, il y a des violeurs ici, des agresseurs sexuels", tente d'argumenter un agent. Moi j'essaie d'alpaguer celui qui semble prendre le lead et dont le grade comporte deux barres horizontales (c'est un "premier surveillant", j'apprendrai plus tard sur Google) en lui évoquant la question du genre et des droits lgbtq+ (aka les droits de personnes qui questionnent les cases traditionnelles du genre et.ou les scripts sexuels conventionnels). C'est là que j'estime avoir symboliquement pris la même rouste que la dame qui à cet instant était peut-être encore en train de pleurer entre deux voitures : monsieur en bleu et noir tout à la fois me tourne le dos, continue son chemin et laisse s'échapper un souffle d'air bruyant de sa bouche. A ce moment-là je ne vois plus son visage mais j'imagine très bien ses yeux se soulever au ciel, par exemple. Je crois qu'il a juste fini par disparaitre. Après ça, c'est son collègue qui a été chargé de m'escorter tout le long du chemin menant à la sortie. Ça a fait comme un goût de : "Retour à la case départ. Tu retenteras ta chance dans 15 jours". Sauf que ça n'avait rien d'un jeu. A l'intérieur, j'étais dévastée.
C'est vrai que cette histoire de cabas de vêtements est plutôt accablante pour les adorateurs d'odeurs corporelles que nous sommes. Lui aussi, il a été déçu : il manquait trois culottes dans le dernier sac de vêtements propres que je lui ai rapporté, au parloir dernier. Ces mêmes trois culottes que lors de notre deuxième -brève- rencontre, je récupère dans un sachet, un sourire au coin des lèvres du surveillant qui me le remet. Les "vêtements féminins" sont interdits, j'apprends. "Parce que c'est une prison pour homme", "vous savez, il y a des violeurs ici, des agresseurs sexuels", tente d'argumenter un agent. Moi j'essaie d'alpaguer celui qui semble prendre le lead et dont le grade comporte deux barres horizontales (c'est un "premier surveillant", j'apprendrai plus tard sur Google) en lui évoquant la question du genre et des droits lgbtq+ (aka les droits de personnes qui questionnent les cases traditionnelles du genre et.ou les scripts sexuels conventionnels). C'est là que j'estime avoir symboliquement pris la même rouste que la dame qui à cet instant était peut-être encore en train de pleurer entre deux voitures : monsieur en bleu et noir tout à la fois me tourne le dos, continue son chemin et laisse s'échapper un souffle d'air bruyant de sa bouche. A ce moment-là je ne vois plus son visage mais j'imagine très bien ses yeux se soulever au ciel, par exemple. Je crois qu'il a juste fini par disparaitre. Après ça, c'est son collègue qui a été chargé de m'escorter tout le long du chemin menant à la sortie. Ça a fait comme un goût de : "Retour à la case départ. Tu retenteras ta chance dans 15 jours". Sauf que ça n'avait rien d'un jeu. A l'intérieur, j'étais dévastée.
C’est une violence sociale immense
que de se trouver en position d’être le témoin de l’irrémédiable
façonnement humain produit par de plus ou moins longues périodes de contribution au
service pénitentiaire. Parfois je suis effrayée de constater ma
difficulté à me relier au cœur tout mou de la personne en bleu et noir
qui me fait face. Je suis persuadée, pourtant, que sous l’uniforme
peuvent se trouver un peu de peau, des os et des organes. Les mêmes que
les miens. Pourtant, leurs yeux, voix et postures corporelles, souvent, me
racontent le contraire. Ils crient la rigidité dans laquelle leur corps
tout entier est enfermé. Sans doute symboliquement sert-il à ça, ce
fameux uniforme : à permettre à un barrage émotionnel de s’établir. En
stand-by, il y la personne en-dessous, pendant que son substitut loge dans le par-dessus. J’aimerais les faire mettre à poils, ces agents. Je vous jure, j’aimerais qu’on soit toustes nu.e.s pour se parler.
Jeudi 20 mai 2021
11 :29
11 :29
Je me risque à appeler le service parloir, en espérant pouvoir m’entretenir avec « l’un des collègues » qui était présent au parloir d'hier, de 10h45 à 11h30. Impossible, on me répond. On m’explique que je recevrai un courrier dans lequel il faudra que j’explique à madame la Directrice le déroulement des faits ayant entrainé la cessation immédiate du rendez-vous parloir d’hier. « Avec plaisir. Ça fait un moment que j’attendais l’occasion de lui écrire », ça dit dans ma tête. En attendant, je refuse que notre échange téléphonique s’arrête ici, c’est pas tout, c’est pas fini madame : « Ce qui m’inquiète c’est qu’il ne m’appelle pas alors que le surveillant hier m’a dit que les cellules sanitaires disposaient d’un téléphone », « Il s’appelle comment ? », je dis. « Il a bloqué son téléphone en composant un mauvais code, mais il a encore du crédit. », « S’il a composé un mauvais code c’est sûrement qu’il ne se souvient plus des chiffres et qu’il ne les a pas sur lui, vous pouvez les lui redonner s’il n’y a plus accès ? », « Un agent verra ça, moi j’ai débloqué son téléphone en tout cas », « Merci beaucoup pour ce que vous avez pu faire malgré tout, bonne journée », petit rire bizarre à l’autre bout du fil. Ça m’évoque de la gêne mélangée à du mépris, le tout enveloppé dans un mécanisme de relégation émotionnelle : le plus loin possible, surtout ne pas s’identifier à la personne en face. J’intuitionne un truc, là. Je me dis que ça doit être un des big deal du métier d’agent de la pénitentiaire, ça : montrer que « nous », c’est pas « eux » et qu’on est pas près de verser dans le sentimentalisme. Parce que « nous », on a une posture d’autorité implacable à faire respecter. Je sais pas hein, comme souvent, j'hypothétise.
J’ai oublié de préciser qu’avant cet appel, c’est un autre numéro que j’ai composé : celui du service pénitentiaire d’insertion et de probation (le SPIP). « Madame X est en télétravail, il y a peu de chances qu’elle vous rappelle aujourd’hui, mais je lui envoie quand même un mail, voilà, c’est fait. ». Et hier soir, c’est directement l’UCSA (l'unité sanitaire) que j’ai tenté de joindre, et là c’était pire : « C’est confidentiel madame on ne peut rien vous dire ». Pourquoi alors proposer la mise en lien avec l’unité de soin via le répondeur qui s’enclenche automatiquement dès lors que l’on appelle la maison d’arrêt ? « Pour joindre l’unité sanitaire, composez le 5 ». Comme cette très chère unité sanitaire se cache perpétuellement derrière le « secret médical » (ps : c'est pas la première fois que je l'appelle), je commence sérieusement à questionner l'intérêt de mettre à disposition un tel dispositif communicationnel au grand public. C’est comme si l’administration pénitentiaire se plaisait à nous coller des murs partout.
J’ai oublié de préciser qu’avant cet appel, c’est un autre numéro que j’ai composé : celui du service pénitentiaire d’insertion et de probation (le SPIP). « Madame X est en télétravail, il y a peu de chances qu’elle vous rappelle aujourd’hui, mais je lui envoie quand même un mail, voilà, c’est fait. ». Et hier soir, c’est directement l’UCSA (l'unité sanitaire) que j’ai tenté de joindre, et là c’était pire : « C’est confidentiel madame on ne peut rien vous dire ». Pourquoi alors proposer la mise en lien avec l’unité de soin via le répondeur qui s’enclenche automatiquement dès lors que l’on appelle la maison d’arrêt ? « Pour joindre l’unité sanitaire, composez le 5 ». Comme cette très chère unité sanitaire se cache perpétuellement derrière le « secret médical » (ps : c'est pas la première fois que je l'appelle), je commence sérieusement à questionner l'intérêt de mettre à disposition un tel dispositif communicationnel au grand public. C’est comme si l’administration pénitentiaire se plaisait à nous coller des murs partout.
Des murs face auxquels il n'y a qu'une seule option : faire avec. Et s'il vous plaît, vous êtes vivement encouragés à vite intérioriser l'intime conviction que de toute façon : "c'est comme ça". Combien de fois (en si peu de temps) j'ai déjà éprouvé cette sensation, celle de me trouver bien naïve à oser poser des questions visiblement absurdes : "Ah mais non madame, ça fonctionne pas comme ça" avec ce ton qui sous-entend : "Vous saviez pas ? Franchement." Le courrier, c'est uniquement par la poste qu'on le reçoit, logique. Après 16h, c'est normal de ne plus avoir d'interlocuteurs. Non, je peux pas vous passer un agent, madame "voyons". Une demande d'envoi de dossier médical, même en urgence, peut prendre plus d'une semaine à être traitée, c'est normal. Non, vous ne pouvez pas demander vous-même le document par téléphone pour aller plus vite, c'est le détenu qui fait sa requête en interne, "c'est comme ça".
La cerise sur le gâteau, c'est qu'implicitement on nous demande de faire montre d'un autocontrôle incontestable. D'autant plus qu'en tant qu'assignée "f", très vite, c'est l'archétype de l'hystérique qui plane. Je sais pas d'où j'ai chopé ce constant sentiment de devoir me plier en quatre pour correspondre à la meilleure version que madame p se fait de la « compagne de détenu ». Je sais pas, mais je sens que ça s'est installé à l'intérieur : bien articuler, choisir les mots les plus adéquats, ne pas avoir l’air trop émotionnelle, veiller à toujours renvoyer l’image de celle qui sait garder, en toutes circonstances, son sang-froid, donner l'impression de consentir à l'autorité et d'être capable de souscrire à l'intelligence de la loi. Et puis indéfectiblement, remercier même quand le cœur n’y est pas. Parce qu'il y a cette croyance qui s'instille, celle qui te susurre doucement à l'oreille que risquer d'apparaitre antipathique en laissant s'échapper un fragment de colère, ce serait participer à ton propre échec. Je n'oublie pas que messieurs dames les agents semblent tant avoir intériorisés leur toute-puissance que face à la détresse de cette femme (dont je me passe et repasse les images), ils n'ont eu qu'à fermer la porte. De toute façon, tout comme les vitres de leurs loges, elle est surprotégée, leur porte. La peur, la colère et la frustration, elles, restent inéluctablement de l'autre côté.
Voilà. Un dos qui se tourne, une porte qui se ferme, ou encore un téléphone qui raccroche après une
salutation délicatement enrobée d’un dédain faussement masqué par un ton
sympathique, c'est ça la putain de violence de l'institution p. La deuxième claque, celle qui vient très vite ensuite, c'est ce sentiment qui petit à petit s'insinue à l'intérieur des usagers dudit "service public" : celui de n'être absolument rien face à une giant machine qui, indifférente, continue paisiblement sa marche pendant qu'elle écrase aléatoirement des êtres qui, sans corps de rattachement et sans garantie d'un jour trouver seuls les ressources nécessaires pour se battre, s'en remettent, impuissants, au silence.
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