Un an après / auto-ethno-bio

Lune

Faut que je vous dise un truc.

Ça fait plusieurs mois que j’ai envie d’écrire ici. Je veux dire : ça fait un moment que je pense à continuer à me dire publiquement (peu importe qui me lit exactement, c’est la démarche en elle-même qui m’importe, celle du dévoilement) et que j’y arrive pas. Parce que j’assume difficilement mon propos, et que l’afficher au vu et su de potentiellement n’importe qui, c’est un peu comme un arrachement. Pourtant l’envie de dire, l’élan de se raconter il est là, comme il l'a toujours été. C’est quelque chose de puissant chez moi, cette envie-nécessité de me documenter, comme je l'expliquais il y a de ça un an maintenant. Là, arrivé.e au constat de ce blocage à l’écoulement d’un flot jadis naturel pour moi me vient l’envie de réorienter un peu ce support digital. Je me dis que dans sa forme actuelle, il se prête peut-être plus à ce que je me prépare à balancer. C’est bizarre, moi-même je me l’explique pas tout à fait. Bref. Pour permettre à la parole de fluctuer à nouveau librement ici, j’ai imaginé une restructuration du projet : je vais pousser un peu plus loin mon envie de transparence au point de passer le cap du copier-coller, celui sur lequel je fantasme depuis des mois. Le copié-collé à partir de mon carnet personnel (celui que je tiens dans un document word de manière privée) jusqu’à ce carnet public-là. Je dis pas que je vais le faire avec tout ce que j’écris dans carnet petit a, je dis juste que carnet petit b va désormais avoir une autre tête. Peut-être moins bien léchée, sûrement plus brute. A moins que ce ne soit carnet petit a qui finisse par se parer des mécanismes de protection propres à ceux qui entouraient petit b depuis qu’il aura conscience que son contenu pourra à tout instant être révélé au grand jour. « On verra ». Comme à peu près tout chez moi : c’est une expérience, après tout.

Donc. Expérimentation n°1.

 

Dimanche 04 avril 2021 - Insomnie

5 :54

De mes tergiversations mentales des dernières heures, ce qu’il me reste, c’est cette certitude : « Lu, il faut que tu en parles ». Voilà le constat : le non-dit m’englue, je me sens totalement enlisée là-dedans. Et c’est pourtant pas que je tienne à maintenir ce secret. Au contraire, depuis le début de ma relation avec Y. j’espère un jour trouver les mots pour le dire : j’ai l’impression de foirer ma recherche, de lui faire prendre une tournure absolument différente du projet initial.
Déviance. Tomber amoureuse, c’était pas au programme. Du moins pas sur le papier, et je crois que je m’attendais carrément pas à ce que ça m’arrive de manière si radicale. Parce qu’au-delà du projet, ça fait aussi dévier profondément des trucs sur lesquels j’avais construit mon identité. Ça, c’est mon problème à moi, tu me diras, c’est pas ce que je vais lui raconter à B., ça il s’en fout. Mais ouais, il faut que je lui en parle, voilà ma certitude. Et j’avais déjà envie la dernière fois, mais j’ai perdu trop vite mon tour de parole sans plus jamais réussir à en récupérer le fil. Et puis c’est dur, d’évoquer ce truc (qui a presque le goût d’une défaite), face à d'autres. Ouais, j’ai l’impression d’avoir échoué à un test à cause d’un foisonnement sentimental intérieur que d’autres à ma place (ce que je me raconte) auraient sans doute réussi à faire taire. Normalement les gens savent faire la différence, entre les espaces où sont permis les épanchements amoureux et ceux où ils n’ont pas lieu d’être, non ? « J’aurais dû être plus professionnelle », « de toute façon on savait comment ça allait finir, les filles tombent toujours amoureuses des mauvais garçons, nan ? », « t’es une fille toi, nan ? ». C’est ça qui est personnellement difficile à encaisser. J’ai l’impression qu’il y a un truc, dans ce qui m’arrive, qui tient un peu de ce qu’on prête collectivement à la figure de la féminité tu sais, gouvernée par sa sentimentalité, qui ne sait pas faire primer la raison sur ses trucs qui la titillent à l’intérieur. Mais une partie de moi me rétorque que c’est faux. Elle dit : cette liaison, c’est un choix. C’était profondément un truc qu’à un moment donné, j’ai validé. Pour plusieurs raisons, et ouais, pour la raison que j’ai une tendance à aimer côtoyer le complexe, le torturé, l’alternativité aux normes établies, ok. Mais ouais c’était un choix, et ça l’est chaque jour encore. Chaque jour je me demande : Lu, est-ce qu’on continue ? Et jusqu’à présent, je ne cesse de répondre oui à cette question.

Commentaires

  1. Il y a une chose qu'on ne peut pas contrôler et le genre n'a pas sa place la dedans. Les histoires racontées du sentimentalisme féminin opposé au pragmatisme masculin : foutaise.... Nous sommes tous des êtres avec nos sentiments et nul ne sait les contrôler...

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