Carte d'identité et auto-détermination / auto-ethno-bio
Prénom.
Sexe.
Né(e) le.
À.
Taille.
Signature du titulaire.
Quand j'observe mes papiers d'identité (lesquels j'ai plus régulièrement l'occasion d'avoir en main puisque depuis plusieurs semaines, pour des raisons d'épidémie de grande ampleur que vous savez, la giant machine redouble de contrôle), j'ai un sourire absurde. Je déchiffre un prénom qui est de moins en moins réel - je veux dire par là que dans l'usage courant, il est devenu si peu opérant -. Je vois un nom de famille qui m'a été attribué, et que j'accepte exactement en tant que tel, puisqu'après tout, il a vocation à dire quelque chose de mes parents plus que de moi et qu'avec eux j'ai la chance d'entretenir de bons rapports, de sorte que je n'ai pas particulièrement besoin de me sentir déliée de la généalogie familiale. Et puis je vois beaucoup de choses sans importance mais dont je perçois bien l'utilité en termes biopolitiques de classification et de contrôle de la population.
En fait je souris - ou même, je ris - face à l'aberration d'une administration toute puissante qui pense peut-être que ses mots et catégories à elle vont réussir à dépeindre un tant soit peu la réalité identitaire des individus que minutieusement elle étiquette. Identités confisquées. J'ai décidé de ne plus croire à ce qu'il y a écrit sur ma carte d'identité. Parce que j'ai décidé que c'est faux, que c'est une mascarade. Que c'est tout juste une feuille de route bonne pour nous guider vers la performance de qui l'on est pas sur le théâtre de nos vies dépossédées. Je ne crois plus à mon prénom, à mon nom, à mon sexe. Je veux dire, je leur enlève dès à présent toute puissance performative : ils ne disent rien de moi, je refuse qu'ils m'aliènent. Ça y est, un pan de ce qu'on a historiquement construit en vérité s'effondre. Je regarde cet objet tel qu'il est vraiment : un bout de papier enfermé dans du plastique rigide, affublé de chiffres à rallonge et d'un peu de texte à l'encre noir et bleu. Un instrument de L’État.
Cette carte porte excessivement mal son nom, je me dis. Elle devrait s'appeler "carte de citoyenneté", ou carrément - mais on n'osera jamais, ça fait beaucoup trop totalitaire - "carte de contrôle de la population", mais le vocable "identité" n'a pas grand chose à faire dans le nom de cet objet, me semble t-il. Pourquoi est-ce que l'on établirait pas que chaque être humain, dès lors qu'il en ressentirait l'envie puissante, aurait la possibilité de faire figurer un prénom qu'il aurait lui-même choisi sur ces dits papiers, et ainsi de faire passer son premier prénom tel qu'assigné par ses parents en middle name ? On parlerait alors de "prénom de naissance". On l'oublierait pas, il resterait écrit quelque part, simplement il serait devenu inactif, irréel. Quant au sexe, il n'y aurait même pas lieu d'avoir à le préciser : désuétude de la classification. "C'est utopique, ça pourrait pas fonctionner" argue une de mes voix intérieures, l'imitatrice. Là tout de suite, elle paraphrase très bien une remarque que quelqu'un dans le monde est en train de proférer envers une idée révolutionnaire à l'instant même où j'écris. En fait c'est toujours de cela qu'il s'agit : à quel point tiens-tu / crois-tu à la réalité du monde dans lequel tu vis ? A quel point imagines-tu que celle-ci est immuable ? Combien de temps consacres-tu à penser à côté plutôt que dedans ?
Sexe.
Né(e) le.
À.
Taille.
Signature du titulaire.
Quand j'observe mes papiers d'identité (lesquels j'ai plus régulièrement l'occasion d'avoir en main puisque depuis plusieurs semaines, pour des raisons d'épidémie de grande ampleur que vous savez, la giant machine redouble de contrôle), j'ai un sourire absurde. Je déchiffre un prénom qui est de moins en moins réel - je veux dire par là que dans l'usage courant, il est devenu si peu opérant -. Je vois un nom de famille qui m'a été attribué, et que j'accepte exactement en tant que tel, puisqu'après tout, il a vocation à dire quelque chose de mes parents plus que de moi et qu'avec eux j'ai la chance d'entretenir de bons rapports, de sorte que je n'ai pas particulièrement besoin de me sentir déliée de la généalogie familiale. Et puis je vois beaucoup de choses sans importance mais dont je perçois bien l'utilité en termes biopolitiques de classification et de contrôle de la population.
En fait je souris - ou même, je ris - face à l'aberration d'une administration toute puissante qui pense peut-être que ses mots et catégories à elle vont réussir à dépeindre un tant soit peu la réalité identitaire des individus que minutieusement elle étiquette. Identités confisquées. J'ai décidé de ne plus croire à ce qu'il y a écrit sur ma carte d'identité. Parce que j'ai décidé que c'est faux, que c'est une mascarade. Que c'est tout juste une feuille de route bonne pour nous guider vers la performance de qui l'on est pas sur le théâtre de nos vies dépossédées. Je ne crois plus à mon prénom, à mon nom, à mon sexe. Je veux dire, je leur enlève dès à présent toute puissance performative : ils ne disent rien de moi, je refuse qu'ils m'aliènent. Ça y est, un pan de ce qu'on a historiquement construit en vérité s'effondre. Je regarde cet objet tel qu'il est vraiment : un bout de papier enfermé dans du plastique rigide, affublé de chiffres à rallonge et d'un peu de texte à l'encre noir et bleu. Un instrument de L’État.
Cette carte porte excessivement mal son nom, je me dis. Elle devrait s'appeler "carte de citoyenneté", ou carrément - mais on n'osera jamais, ça fait beaucoup trop totalitaire - "carte de contrôle de la population", mais le vocable "identité" n'a pas grand chose à faire dans le nom de cet objet, me semble t-il. Pourquoi est-ce que l'on établirait pas que chaque être humain, dès lors qu'il en ressentirait l'envie puissante, aurait la possibilité de faire figurer un prénom qu'il aurait lui-même choisi sur ces dits papiers, et ainsi de faire passer son premier prénom tel qu'assigné par ses parents en middle name ? On parlerait alors de "prénom de naissance". On l'oublierait pas, il resterait écrit quelque part, simplement il serait devenu inactif, irréel. Quant au sexe, il n'y aurait même pas lieu d'avoir à le préciser : désuétude de la classification. "C'est utopique, ça pourrait pas fonctionner" argue une de mes voix intérieures, l'imitatrice. Là tout de suite, elle paraphrase très bien une remarque que quelqu'un dans le monde est en train de proférer envers une idée révolutionnaire à l'instant même où j'écris. En fait c'est toujours de cela qu'il s'agit : à quel point tiens-tu / crois-tu à la réalité du monde dans lequel tu vis ? A quel point imagines-tu que celle-ci est immuable ? Combien de temps consacres-tu à penser à côté plutôt que dedans ?

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